JE : Comme tu l’as dit, les mouvements de l’univers entrelacent des ondes, créant des motifs, des figures, qui dessinent des structures. C’est l’émergence de la matière. La matière, alors, serait en mouvement constant… Mais pourquoi la percevons-nous comme statique ?
JE SUIS : Tout bouge, et il existe différentes manières de l’observer, car certains mouvements sont profonds et lents. Cela est directement lié à la longueur d’onde dans laquelle un objet se développe, c’est-à-dire au niveau de fréquence de ses ondes. Cela se traduirait par des objets de plus grande gravité, ayant une basse fréquence, et donc des mouvements si lents qu’ils sont imperceptibles aux yeux humains, comme la précession des équinoxes de la Terre.
D’un autre côté, ils peuvent être si rapides qu’ils deviennent impossibles à voir, comme le mouvement d’un électron à l’intérieur d’un atome, ou les photons dans l’environnement. Qu’ils soient plus rapides ou plus lents, ils produisent le même effet : ils deviennent impossibles à observer. C’est ce qui fait que le cerveau les enregistre comme statiques, parce qu’il ne perçoit pas leur mouvement.
JE : Ah, je comprends…
JE SUIS : Mais tout est en mouvement, et l’une des manières de le comprendre est la transformation.
Chaque objet que tu vois est passé par un processus de transformation qui est considéré comme un mouvement. La tasse est du gypse qui fut autrefois une montagne dans une autre partie du monde. La fourchette est un alliage de métaux provenant de carrières situées dans une autre partie du monde, faisant partie de plaques tectoniques qui se sont construites à partir de la fusion des roches sous forme de lave, par pression dans les volcans.
Le miroir est du sable, des particules fondues de minéraux qui se trouvaient autrefois sur des plages et dans des déserts, issus de l’érosion des montagnes les plus anciennes du monde.
Tout ce qui te paraît statique est en mouvement, à des rythmes différents du tien, et c’est pourquoi tu ne le perçois pas clairement, tout comme tes yeux ne peuvent pas percevoir les couleurs qui se trouvent en dehors de la gamme située entre 350 et 800 nanomètres de fréquence.
JE : Donc, comme nous l’avons dit hier, tout danse ; seulement certains dansent sur de la musique techno, et d’autres sur de la danse classique, du ballet, ou quelque chose de plus lent comme la sardane.
JE SUIS : C’est exact.
JE : Et tous suivent certains motifs rythmiques, une métrique… Cela génère les structures dont nous avons parlé hier…
JE SUIS : Tétraèdre, octaèdre, hexaèdre, dodécaèdre, icosaèdre, et toutes celles qui dérivent de ces figures.
JE : Et d’elles apparaissent les fondations qui soutiennent la réalité…
JE SUIS : Qui dessinent l’univers connu…
JE : Ce qui donne naissance, d’après ce que je peux voir, au dernier des beaux-arts de l’Antiquité : l’architecture.
JE SUIS : Architecture vient des mots grecs arké, principal, et tektón, maçon, constructeur, un mot indo-européen, tek, qui signifie « tisser ». Le suffixe "ura" fait référence au produit final. Ainsi, l’architecture est le produit réalisé par le constructeur principal.
JE : Dans notre cas… l’Univers.
JE SUIS : Le terme apparaît en relation avec le maître bâtisseur. Dans un premier temps, les humains rassemblaient de la boue et des pierres, et assemblaient une structure dans laquelle ils pouvaient entrer. Mais certains trouvèrent des techniques pour améliorer ces constructions. Même si, habituellement, c’était le paysan lui-même qui construisait sa maison, ou plus tard le forgeron, l’ouvrier qui, de ses propres mains, parvenait à bâtir, certains étaient si ingénieux qu’ils consacrèrent leur vie à quelque chose appelé « ingénierie ».
JE : Ah, je n’ai jamais été très au clair avec le concept de ce qu’est un « ingénieur ». C’est quelqu’un qui possède de l’ingéniosité, qui est un génie dans la résolution de problèmes structurels, dans n’importe quel domaine.
JE SUIS : Génie vient du mot "gen", qui signifie « donner naissance », « engendrer ». À Rome, on appelait "genius" l’esprit qui naissait avec chaque personne, qui guidait et donnait des attributs aux enfants, comme une sorte d’ange gardien avec ses ailes. Dans l’Antiquité, on célébrait ce génie et on lui offrait des présents pour être venu, le jour de la naissance, accompagner l’enfant. C’est l’origine des fêtes d’anniversaire.
JE : Ah… Waouh… Donc nous célébrons notre génie ?
JE SUIS : Être avec le génie, avoir de l’esprit, de l’ingéniosité. Ainsi, les génies étaient considérés comme ceux qui donnaient des capacités surhumaines à certaines personnes, capables de changer la vie de beaucoup. Les ingénieux devinrent des professionnels, devenant ingénieurs, améliorant la qualité de vie, surtout à travers l’art de la construction. Dans les civilisations anciennes, le professionnel chargé de diriger le travail ingénieux était appelé Constructeur Principal. C’est de là que nous avons hérité son nom grec : Architecte.
L’architecte-ingénieur devait diriger les autres ingénieurs de la construction, et pour cela, il devait étudier des choses essentielles : les mathématiques, l’arithmétique, la chimie, la physique, la géométrie, la géographie, l’orographie, le dessin, la peinture. Tout cela conduisait également à comprendre les métriques de la musique, ainsi que les structures physiques du corps humain. Il n’existait qu’un seul lieu où autant d’arts et de sciences pouvaient être appris…
JE : L’Agora des Philosophes. Des lieux comme celui représenté par l’artiste Raphaël dans la fresque du Vatican appelée L’École d’Athènes.
JE SUIS : Dans ces écoles, les ingénieux apprenaient et partageaient les arts et les sciences avec un grand amour, et donnaient un sens transcendantal aux sujets d’étude. C’était l’Univers, un esprit mathématique qui se manifestait dans les géométries. Le cosmos était un orchestre faisant de la musique avec les sphères. L’esprit universel dessinait les plus belles sciences, celles qui donnaient naissance à la perfection.
Ainsi, la technique et la métrique ne suffisaient pas : les sciences devaient avoir de l’art, de la beauté, de l’esthétique, de la même manière que le cosmos avait dessiné une fleur, un paon, un coquillage. Avant les écoles grecques, les philosophes mésopotamiens, les Égyptiens, ceux de la vallée de l’Indus, du fleuve Jaune et d’Amérique centrale avaient également formé leurs écoles, unissant la science et l’art comme l’esprit et le corps d’un Dieu Créateur.
Beaucoup, surtout le long du Nil, avaient interprété que si tout ce qui existait était le dessin d’un esprit capable de construire la beauté à partir de la géométrie, alors cet esprit devait être le Premier Constructeur de l’Univers. Cette idée résonna profondément chez les bâtisseurs, qui cessèrent de se sentir comme de simples maçons, et devinrent rien de moins que les représentants de ce Dieu sur Terre.
JE : Comme le dieu Thot, l’architecte…
JE SUIS : C’est exact. Sa compréhension holistique du cosmos lui permit de réaliser les plans qui dessinèrent les pyramides, non seulement comme une construction majestueuse, mais universelle, connectée aux étoiles, au corps humain, à la musique, aux sciences mathématiques, à la beauté, au mouvement. L’architecture cessa d’être considérée comme la construction de maisons, pour devenir l’art de bâtir le corps de Dieu : les temples. Leurs colonnes, leurs métriques, leur hauteur, leur largeur, l’art sur leurs murs, les formes de leurs parois et de leurs chapiteaux, les proportions, les points de fuite, les portiques, les axes et les contreforts, marquaient la planification destinée à amener le Ciel sur la Terre.
JE : Ater Tumti, le ciel sur la terre, était le plan de construction du corps divin dans le monde ordinaire… Cela fait-il partie de l’architecture ?
JE SUIS : Ce furent les architectes, élevés au rang de prêtres, qui démontrèrent leurs capacités à travers des techniques secrètes, reçues directement de leur connexion avec le divin.
JE : C’est pour cela qu’aujourd’hui encore, beaucoup de bâtiments du monde ancien nous semblent incompréhensibles ; nous ne parvenons pas à comprendre comment ils ont été faits…
JE SUIS : Parce qu’ils furent construits avec bien plus qu’un maillet, une équerre et un compas. Ils furent construits en tenant compte de tout l’Univers, et de tous ses facteurs internes et externes. Pour ce groupe de prêtres, Dieu était le Grand Architecte.
JE : Cela, je l’ai déjà entendu ; c’est ainsi que les francs-maçons se réfèrent à Dieu.
JE SUIS : L’histoire de la franc-maçonnerie vient directement de ces sacerdoces. Originaires du Moyen-Orient, les écoles d’architecture holistique constituaient un chemin initiatique. Leurs enseignements préparaient le corps, l’âme et l’esprit des personnes, faisant d’elles des érudits de la réalité, des philosophes universels.
JE : L’origine des universités.
JE SUIS : Exactement. Ces écoles étaient arrivées jusqu’en Grèce, mais les Grecs voyageaient vers le Nil, la Mésopotamie et l’Anatolie pour obtenir les données et l’expérience. Avec l’arrivée du christianisme et son expansion à travers l’Europe, beaucoup de ces écoles furent fermées, car on considérait que les mystères de Dieu devaient rester tels quels, et que les humains n’avaient pas le droit de prétendre les comprendre.
JE : Et ils interdirent toute universalité de la connaissance…
JE SUIS : L’islam et le judaïsme maintinrent ces universités vivantes pendant longtemps, jusqu’à ce que le christianisme s’impose aux deux religions sœurs, les poussant vers le déclin et les transformant en extrémismes. Cependant, dans le sud de l’Europe, certaines écoles clandestines continuèrent à enseigner les arts anciens.
Après la chute de l’Empire romain et le début du Moyen Âge, il y eut un grand déclin dans la construction : on passa des immenses temples et édifices comme le Palatin à Rome, à de simples églises romanes et des maisons rustiques. Mais tout changea avec l’essor de la bourgeoisie, lorsque les richesses apportées par le XVe siècle stimulèrent la croissance des villes, rendant les petites églises dérisoires.
Le christianisme choisit alors de permettre aux architectes et aux maîtres bâtisseurs de retourner aux études du Moyen-Orient, et de récupérer les arts architecturaux des anciennes civilisations, afin de construire des églises beaucoup plus grandes, qui domineraient les villes comme l’unique pouvoir de Dieu sur la Terre.
JE : Et ainsi naquirent les cathédrales.
JE SUIS : Et ainsi naquirent les confréries de l’équerre et du compas, les architectes représentant le Dieu bâtisseur, tous reconnaissables à leurs symboles et à leurs vêtements, ainsi qu’au fait qu’ils portaient un maillet. Pour cela, ils furent connus comme francs-maçons, du français "maçon", celui qui pétrit, celui qui façonne. La franc-maçonnerie incorpora ces philosophes universitaires qui cherchaient à comprendre tous les arts de la création afin de bâtir le corps de Dieu dans le monde, comme leurs prédécesseurs l’avaient fait autrefois.
JE : Mais ensuite, la franc-maçonnerie s’est éloignée de l’architecture ?
JE SUIS : Après les révolutions sociales du XVIIIe siècle, ils se consacrèrent à la construction de nouvelles villes, de nouvelles économies, de nouvelles écoles et de nouveaux pays. Souviens-toi : ils étaient des Bâtisseurs Universels, bien qu’à l’époque de la religion, les francs-maçons se soient concentrés sur la construction de bâtiments. Ainsi, l’école de la franc-maçonnerie devint l’Université d’Architecture, à laquelle, dans une nation libre, beaucoup pouvaient accéder.
JE : L’architecture, alors, va au-delà du fait de construire un bâtiment.
JE SUIS : C’est exact…
En tant qu’Art, l’Architecture est la manière de reconstruire la beauté qui vit dans l’esprit. Contrairement à la sculpture, qui utilise des matériaux pour donner à ses produits des formes vivantes et naturalistes, l’architecture cherche à englober le monde, à traduire les mathématiques et la géométrie directement dans notre réalité tangible, afin que nous puissions l’habiter.
Chaque fois que tu vois une fenêtre, une porte, un angle, un recoin, un plafond, tu vois les proportions de l’univers de manière tangible, descendues par l’esprit humain.
La construction des espaces est un art qui donne vie à la création elle-même. Mais au lieu d’en faire un objet de culte, comme dans la sculpture, elle en fait une demeure pour les vivants. Elle permet à l’individu de vivre à l’intérieur du cosmos, d’en faire l’expérience, d’être une partie pratique de l’œuvre.
Elle permet de vivre le corps divin.
JE : Elle nous permet d’expérimenter la géométrie sacrée, les motifs de lumière, de toucher, de ressentir les arêtes et les sommets du tissu cosmique.
JE SUIS : Les premières structures n’étaient pas des habitations, mais des sites sacrés, comme les dolmens et les menhirs, donnant naissance plus tard aux cromlechs, comme le célèbre Stonehenge. Au-delà de ces constructions paléolithiques et néolithiques, les ziggourats, les temples et les pyramides se répandirent à travers le Moyen-Orient. Puis les Gréco-Romains intégrèrent l’architecture classique, que nous connaissons aujourd’hui à travers ses trois styles principaux : ionique, dorique et corinthien, selon les formes des chapiteaux de leurs colonnes.
JE : L’architecture possède-t-elle aussi une sainte trinité ?
JE SUIS : Oui, les Romains l’appelaient Venustas, Firmitas et Utilitas, respectivement Beauté, Fermeté et Utilité. La personne chargée de schématiser cette trinité sacrée fut Marcus Vitruvius, au Ier siècle avant J.-C.
JE : Est-ce lui que l’on retrouve dans le célèbre Homme de Vitruve, dessiné par Léonard de Vinci ?
JE SUIS : Exactement. Da Vinci a dessiné cet homme en honneur et en fonction des études de Vitruve sur l’architecture et l’ingénierie. Cependant, sa vision scientifique et mathématique diffère des applications plus symboliques de l’architecture, car il décrit la technique, mais non les modes. L’architecture, bien sûr, vise à être utile, pratique, et dans tous les cas ferme, afin de durer dans le temps, tout en incorporant l’esthétique, qui donne vie et âme au bâtiment.
Cependant, il existe plusieurs autres facteurs, qui diffèrent de cette simple observation logique. L’architecture est flexible, adaptable, car elle change selon l’espace que les personnes habitent, ainsi que selon le mouvement de la vie elle-même. L’architecture n’est pas seulement présente dans la génération de bâtiments, mais aussi dans la manifestation d’espaces vivants, qui n’ont pas besoin d’être fermes et beaux selon les canons grecs et latins.
Cela nous permet de comprendre que l’architecture concerne l’Espace, et le Vide.
JE : Le Vide ?
JE SUIS : Le Vide est la possibilité de l’Espace. Le mental utilise le vide comme un terrain fertile pour la conception des espaces vivants. Et ainsi, pour te construire toi-même, tu dois trouver le vide.
JE : Ah, l’idée d’entrer dans le vide intérieur, c’est de trouver l’espace sur lequel je construirai ma vie…
JE SUIS : Tu es l’architecte de ta propre existence, et tu peux redessiner ta vie, mais pour cela, tu dois repenser tes fondations. Les piliers sur lesquels ton existence repose. Comprends sur quoi sont fondées tes croyances : le pilier du besoin, de la foi, des passions, de la connaissance de soi, de l’amour. Sur quoi te tiens-tu ? Découvre les piliers, et réfléchis à savoir si tu dois reconstruire, peut-être en ajoutant toutes les formes à la structure.
JE : Redessiner mon foyer…
JE SUIS : Et pour cela, tu dois prendre le vide, trouver cet espace propre à partir duquel te reconstruire.
JE : Comment commencer ?
JE SUIS : Une feuille blanche. Fais une carte de ton foyer, celui que tu as ou celui que tu désires, ou dessine le plan de ton foyer en suivant la figure de ton corps sur une feuille de papier, où les pièces sont tes organes. Dessine les connexions, dispose les meubles, innove dans les structures. Écris la fonction de chaque espace, ajoute des fenêtres et des portes pour sortir, change les piliers et les fondations…
Et de manière pratique, essaie de restructurer ta maison ou ta chambre. Déplace le lit ou un meuble, retourne quelque chose, fais un changement dans ton espace, réorganise. Cela fera bouger l’énergie, et tu remarqueras le changement imminent. Tu peux aussi aller au-delà des plans et faire une maquette de ton foyer.
Dessine, éveille le génie en toi, et sois ingénieux.
JE : Éveiller le génie en moi…
JE SUIS : Tu manifestes un foyer. Dessine comment il sera, ce que tu y feras. Manifeste-le. Souviens-toi de ce dont nous avons parlé les cinq premiers jours de l’année, en juillet et août 2020, au sujet des cinq solides qui construisent la réalité. Utilise cette connaissance pour bâtir ton être. Tu es l’Architecte de ton propre monde.
JE : Je me reconnais comme l’Architecte de mon propre Moi.
JE SUIS : Trouve le vide en toi, et dessine la beauté de ton être, ferme en toi-même, en découvrant l’utilité de chaque partie de ton corps et de ton monde intérieur.
JE : Je suis le bâtisseur de ma propre réalité, l’ingénieur de l’âme…
JE SUIS : Tu es l’Homme de Vitruve.
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