Le Petit Prince, le Nil et l’imagination

Le Petit Prince et le Nil : le symbolisme expliqué par Matías De Stefano

Le symbolisme caché du Petit Prince — Matías De Stefano (Sous-titres français)

Dans cette intervention, Matías De Stefano part du récit du Petit Prince pour ouvrir une réflexion sur la conscience, l’imagination et la manière dont nous donnons du sens au monde. À travers l’image du boa, de l’éléphant et de la boîte, il relie le texte de Saint-Exupéry à une lecture symbolique plus vaste. Son propos rejoint aussi l’Égypte, les îles Éléphantines, le Nil et la mémoire des anciens centres de connaissance. Peu à peu, il montre que ce qui semble être une simple histoire pour enfants cache en réalité une vision de l’esprit, de la perception et du chemin intérieur. L’ensemble devient une méditation sur ce que nous voyons, ce que nous ne voyons pas, et sur le rôle essentiel de l’imagination. Enfin, il relie cette lecture à sa propre expérience, à sa mission et à une réflexion plus intime sur le rythme de vie, l’excès et la nécessité de revenir au centre.

Le regard de l’enfant et l’incompréhension du monde adulte

Matías commence par reprendre l’ouverture du Petit Prince. L’enfant qu’il était découvre l’image d’un boa qui a avalé un animal. Il la dessine, puis la montre aux adultes. Mais ceux-ci n’y voient qu’un chapeau. Ce décalage devient immédiatement un symbole : l’enfant perçoit une réalité intérieure, invisible au premier regard, alors que le monde adulte s’arrête à l’apparence.

Pour lui, ce passage montre une vérité profonde : beaucoup de personnes ne voient que la surface des choses. Elles ont besoin qu’on leur explique, qu’on leur montre l’intérieur, qu’on traduise ce qui, pour d’autres, est pourtant évident. C’est ainsi que le regard imaginatif et symbolique se trouve souvent découragé au profit d’une vision plus rationnelle, plus utilitaire, plus conforme.

Le récit du Petit Prince devient alors l’histoire d’une fracture entre deux manières d’habiter le monde : l’une fondée sur l’intuition, l’image, la profondeur ; l’autre sur l’explication, la logique et les catégories établies.

Le pilote frustré et la perte du langage symbolique

Dans le texte, l’enfant abandonne le dessin et devient pilote. Matías reprend cette image du pilote frustré comme celle d’un être qui a dû laisser de côté une part essentielle de lui-même. Il a appris à fonctionner dans le monde, à s’orienter, à utiliser la géographie et les savoirs rationnels, mais sans trouver pour autant un espace de véritable compréhension.

Il insiste sur le fait que le personnage du pilote vit seul intérieurement. Il rencontre beaucoup de gens, mais très peu sont capables de voir ce qu’il voit. Chaque fois qu’il montre son dessin, la réponse est la même : un chapeau. Alors il renonce à parler des étoiles, des forêts vierges et des serpents boas, et descend au niveau des conversations ordinaires.

Pour Matías, cela exprime une expérience humaine très commune : lorsque le regard profond n’est pas reconnu, beaucoup finissent par se taire. Ils apprennent à parler le langage du monde, mais gardent au fond d’eux une perception plus vaste, plus symbolique, qui reste en attente.

La rencontre avec le Petit Prince : retrouver l’accès à l’imagination

Le tournant survient dans le désert, quand le pilote rencontre le Petit Prince. Cette apparition, dans un lieu de dépouillement extrême, remet en mouvement ce qui avait été abandonné. Le Petit Prince ne demande ni explication compliquée ni démonstration. Il demande simplement : « Dessine-moi un mouton. »

Matías voit dans cette scène une clé spirituelle majeure. Le Petit Prince ne veut pas une représentation parfaite. Il cherche un accès à l’imaginaire vivant. Lorsque le pilote dessine finalement une boîte en disant que le mouton est dedans, le Petit Prince est satisfait. Ce n’est pas parce que le dessin est plus précis, mais parce qu’il ouvre un espace intérieur. La boîte contient un possible. Elle permet à l’imagination de travailler.

C’est là, selon Matías, que se révèle le cœur du message : ce qui est essentiel n’est pas toujours visible, mais cela peut être saisi intérieurement. L’imagination n’est pas une fuite hors du réel. Elle est au contraire un moyen d’accéder à une réalité plus profonde.

Le Petit Prince comme symbole de la lumière et du principe

Matías pousse ensuite la lecture beaucoup plus loin. Pour lui, le Petit Prince n’est pas seulement un personnage littéraire. Il représente la lumière, le principe, une forme originelle de conscience. Il l’associe à Horus, au photon, à l’œil perdu, à l’ion, c’est-à-dire à une force subtile, essentielle, présente dans un monde minuscule mais porteur d’une vérité universelle.

Son petit monde est menacé par les baobabs, que Matías interprète comme des forces qui envahissent et consument l’espace intérieur lorsqu’elles ne sont pas contenues. Le Petit Prince a donc besoin du mouton pour entretenir ce monde, pour couper ce qui déborde, pour préserver l’équilibre.

Le mouton, ou l’Agneau dans sa lecture symbolique, devient alors un outil de purification, de mise en ordre, de service. Mais cet outil n’apparaît que grâce à la boîte, c’est-à-dire grâce à l’imagination. Sans elle, il n’y a pas d’accès à la solution.

Le Nil, les îles Éléphantines et la lecture du paysage

À partir de là, Matías relie l’image du boa et de l’éléphant à l’Égypte. Il explique qu’en venant sur cette île, et en rencontrant Toth, il a compris autrement l’image du serpent qui a avalé l’éléphant. Il dit avoir toujours dessiné le Nil sans le savoir pleinement, toujours été attiré par ce lieu à travers ses mémoires et ses missions.

L’éléphant, dans sa lecture, renvoie aux îles Éléphantines d’Assouan. Ces îles portent ce nom parce que leur forme évoque des éléphants entrant dans l’eau. Le territoire de Philæ, lié au temple d’Isis, prend alors une dimension symbolique plus large. Le Nil devient comme un immense serpent, et les îles en son sein apparaissent comme l’éléphant contenu dans ce corps.

Cette lecture du paysage n’est pas géographique au sens ordinaire. Elle est symbolique. Matías montre comment les formes visibles sur la Terre peuvent être lues comme des signes, comme des récits, comme des mémoires inscrites dans la matière.

L’eau retenue et la mémoire interrompue

Il évoque ensuite le barrage d’Assouan, qui a immobilisé l’eau et interrompu le flux naturel du Nil. Pour lui, cette retenue de l’eau n’est pas seulement un fait matériel. Elle devient le symbole d’un arrêt du courant vivant, du flux de la mère, de la mémoire et de la vie.

Il situe son expérience dans cette zone entre l’ancien et le nouveau barrage, dans cette eau stagnante où se trouve Philæ, liée à Isis et à une mémoire très ancienne. C’est dans cette eau qui a « avalé l’éléphant » qu’il dit devoir trouver la boîte, celle qui contient l’Agneau de Dieu.

Ainsi, le paysage devient un langage. Le barrage, l’eau, les îles, le temple, tout participe d’une lecture intérieure du monde. Ce qui semblait être une histoire d’enfant devient une carte spirituelle.

La boîte comme cube et matrice de création

Dans le discours de Matías, la boîte du Petit Prince prend une importance centrale. Elle devient le cube, qu’il associe au cube de Métatron. Elle n’est plus simplement un dessin astucieux fait par le pilote pour contenter l’enfant. Elle est l’espace où l’imagination peut créer un monde nouveau.

L’intérieur de la boîte n’est pas vide. Il contient une potentialité. Le visible est réduit au minimum, mais l’invisible devient immense. C’est précisément cela qui intéresse Matías : montrer que le véritable pouvoir ne réside pas dans ce qui est déjà montré, mais dans ce qui peut être engendré intérieurement.

Le pilote frustré, en construisant cette boîte, retrouve sans le savoir son pouvoir créateur. Et le Petit Prince obtient l’outil dont il avait besoin. Pour Matías, les deux sont guéris en même temps : l’un retrouve sa capacité imaginative, l’autre reçoit la forme qui permettra de préserver son monde.

Saint-Exupéry, Lyon, Genève et la fracture du principe

Matías relie aussi cette lecture à Saint-Exupéry lui-même. Il évoque Lyon, l’aéroport Saint-Exupéry, Genève et l’idée d’une rupture du principe. Le Petit Prince devient alors le symbole d’un principe originel fracturé, d’une lumière dispersée qu’il s’agit de reconstituer.

Il joue sur les résonances entre les noms, les lieux, les sons, comme s’ils formaient eux aussi un réseau de sens. L’atome brisé, le petit monde du Petit Prince, la lumière, l’ion, le principe universel : tout cela participe d’une même vision, dans laquelle le visible et le symbolique se répondent.

Ce qu’il propose ici n’est pas une explication littéraire au sens classique. C’est une lecture de correspondances, dans laquelle les lieux, les mots et les récits composent une trame spirituelle.

L’imagination comme voie d’accès à l’essentiel

Le point central de tout son propos reste pourtant très simple : l’essentiel est invisible aux yeux. Cette phrase, emblématique du Petit Prince, devient pour lui une vérité opérative. Voir l’essentiel demande autre chose que les yeux. Cela demande une disposition intérieure, un retour à l’imagination, une capacité à sentir ce qui est là sans être immédiatement montré.

Il explique même que cette capacité peut s’exercer sur une simple feuille blanche. L’imagination n’a pas besoin de beaucoup. Elle a besoin d’un espace. D’un vide fécond. D’une forme ouverte. La boîte, la page blanche, le cube : ce sont autant d’images d’un lieu intérieur où quelque chose de nouveau peut apparaître.

Une réflexion intime sur les extrêmes et la nécessité du centre

Dans la dernière partie de son intervention, le discours devient plus personnel. Matías parle de la tristesse, de l’angoisse, de la pression intérieure, et de la manière dont certaines forces ralentissent son rythme. Il distingue en lui deux mouvements : un aspect de lui qui va très vite, voyage, crée, rit, se disperse dans de multiples projets ; et un autre aspect lié à l’œil, au temps, au rythme, qui a besoin de ralentir.

Il décrit l’excès d’énergie comme une cocotte-minute permanente, capable de créer beaucoup, mais aussi de se heurter à elle-même. C’est là, dit-il, que naissent la dépression, l’angoisse et le besoin de respirer autrement.

Cette réflexion rejoint le reste de son message. De la même manière que le Petit Prince a besoin d’entretenir son petit monde, l’être humain a besoin de ne pas se laisser envahir par ce qui déborde. Il faut trouver le milieu, le centre, le point d’équilibre entre les extrêmes. Pour construire le pont arc-en-ciel, il ne faut pas rester dans l’infrarouge ou l’ultraviolet : il faut revenir au cœur.

Fermer les yeux pour voir l’essentiel

La conclusion revient naturellement à la phrase-clé : l’essentiel est invisible aux yeux. Matías la relie à un geste simple mais profond : fermer les yeux. Non pas pour fuir le monde, mais pour accéder à une autre forme de vision.

Ainsi, son interprétation du Petit Prince devient une invitation à regarder autrement. À reconnaître que certains récits portent bien plus que leur apparence. À comprendre que l’imagination est une puissance de connaissance. Et à accepter que ce qui sauve, oriente ou guérit n’est pas toujours ce qui se voit tout de suite.

Dans cette lecture, le serpent, l’éléphant, la boîte, le Nil, les îles Éléphantines et même la propre vie de Matías composent une même trame. Une trame où l’enfance, la mémoire, la géographie, la symbolique et la conscience se rejoignent pour rappeler une chose essentielle : le visible n’est qu’une porte, jamais la totalité.

Transcription de la vidéo :

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Quand j’avais six ans,

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00:00:07,433 --> 00:00:11,473
j’ai vu dans un livre sur la forêt vierge intitulé « Histoires

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00:00:11,473 --> 00:00:12,233
vécues »,

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00:00:12,233 --> 00:00:14,313
une magnifique illustration

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00:00:14,313 --> 00:00:18,113
représentant un serpent boa qui avalait une bête sauvage.

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00:00:18,113 --> 00:00:21,993
Voici la copie du dessin,

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00:00:21,993 --> 00:00:25,913
un boa avalant un animal.

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00:00:27,083 --> 00:00:29,193
Dans le livre, on affirmait que

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00:00:29,193 --> 00:00:33,513
le serpent boa avale sa proie entière sans la mâcher.

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00:00:33,963 --> 00:00:39,423
Ensuite, il ne peut plus bouger et dort pendant les six mois

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00:00:39,423 --> 00:00:41,193
que dure sa digestion.

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00:00:41,193 --> 00:00:46,273
J’ai alors beaucoup réfléchi aux aventures de la

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00:00:46,273 --> 00:00:46,793
jungle,

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00:00:46,793 --> 00:00:49,713
et à mon tour, j’ai réussi à tracer avec un crayon de couleur mon

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00:00:49,713 --> 00:00:50,563
premier dessin.

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00:00:52,163 --> 00:00:56,223
Mon dessin numéro un était comme ceci.

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00:00:59,163 --> 00:01:01,923
J’ai montré mon œuvre d’art aux grandes personnes,

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00:01:01,923 --> 00:01:06,723
je leur ai demandé si mon dessin leur faisait peur.

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00:01:07,053 --> 00:01:09,173
« Pourquoi un chapeau ferait-il peur ? »

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00:01:09,173 --> 00:01:10,740
me répondirent-elles.

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00:01:11,113 --> 00:01:13,473
Mon dessin ne représentait pas un chapeau,

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00:01:13,473 --> 00:01:18,473
il représentait un serpent boa qui digérait un éléphant.

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00:01:18,473 --> 00:01:21,873
J’ai alors dessiné l’intérieur du serpent boa

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00:01:21,873 --> 00:01:25,513
afin que les grandes personnes puissent comprendre.

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00:01:25,933 --> 00:01:29,910
Ces personnes ont toujours besoin d’explications.

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00:01:30,533 --> 00:01:33,453
Mon dessin numéro deux était comme ça.

27
00:01:35,163 --> 00:01:38,183
On y voyait l’éléphant à l’intérieur du serpent.

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00:01:40,763 --> 00:01:44,653
Les grandes personnes me conseillèrent d’abandonner les dessins de

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00:01:44,653 --> 00:01:46,163
serpents boas,

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00:01:46,583 --> 00:01:49,023
qu’ils soient ouverts ou fermés,

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00:01:49,023 --> 00:01:52,403
et de m’intéresser davantage à la géographie, à l’histoire, au

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00:01:52,403 --> 00:01:55,463
calcul et à la grammaire.

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00:01:55,463 --> 00:01:58,980
C’est ainsi qu’à l’âge de six ans, j’abandonnai une magnifique

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00:01:58,980 --> 00:02:00,260
carrière de peintre.

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00:02:00,260 --> 00:02:03,340
J’avais été déçu par l’échec de mes dessins

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00:02:03,340 --> 00:02:05,100
numéro un et numéro deux.

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00:02:05,100 --> 00:02:08,970
Les grandes personnes ne comprennent jamais rien toutes

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00:02:08,970 --> 00:02:09,540
seules,

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00:02:09,540 --> 00:02:12,570
et c’est très ennuyeux pour les enfants de devoir leur donner

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00:02:12,570 --> 00:02:15,740
sans cesse des explications.

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00:02:15,740 --> 00:02:21,060
J’ai donc dû choisir un autre métier et j’ai appris à piloter des avions.

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00:02:21,373 --> 00:02:24,013
J’ai un peu volé partout dans le monde

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00:02:24,013 --> 00:02:27,653
et la géographie, en effet, m’a beaucoup servi.

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00:02:27,653 --> 00:02:33,493
Au premier coup d’œil, je pouvais parfaitement distinguer la Chine

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00:02:33,493 --> 00:02:34,813
de l’Arizona.

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00:02:34,813 --> 00:02:39,053
C’est très utile, surtout lorsqu’on se perd pendant la

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00:02:39,053 --> 00:02:39,853
nuit.

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00:02:39,853 --> 00:02:43,193
Tout au long de ma vie, j’ai eu quantité de contacts avec

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00:02:43,193 --> 00:02:44,933
quantité de gens sérieux.

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00:02:44,933 --> 00:02:48,523
J’ai beaucoup vécu avec des grandes personnes et je les ai connues de

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00:02:48,523 --> 00:02:49,533
très près.

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00:02:50,073 --> 00:02:55,593
Mais cela n’a pas beaucoup amélioré mon opinion sur elles.

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00:02:55,593 --> 00:02:58,343
Quand j’ai rencontré quelqu’un qui me paraissait un

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00:02:58,343 --> 00:02:59,553
peu lucide,

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00:03:01,473 --> 00:03:04,673
je l’ai soumis à l’épreuve de mon dessin numéro un,

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00:03:04,673 --> 00:03:06,993
que j’ai toujours conservé,

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00:03:06,993 --> 00:03:11,553
car je voulais savoir si c’était vraiment un être compréhensif.

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00:03:11,553 --> 00:03:17,713
Et invariablement, on me répondait toujours : c’est un chapeau.

59
00:03:17,713 --> 00:03:20,713
Je m’abstenais alors de leur parler du serpent boa,

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00:03:20,713 --> 00:03:24,313
des forêts vierges et des étoiles,

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00:03:24,313 --> 00:03:28,583
me mettant à leur portée pour leur parler de bridge, de golf,

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00:03:28,583 --> 00:03:30,673
de politique et de cravates.

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00:03:31,730 --> 00:03:35,150
Et mon interlocuteur était très content de connaître un

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00:03:35,150 --> 00:03:36,930
homme si raisonnable.

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00:03:42,243 --> 00:03:46,903
J’ai ainsi vécu seul, sans personne avec qui pouvoir vraiment parler.

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00:03:46,903 --> 00:03:50,883
Jusqu’à ce qu’il y a six ans, j’aie une panne dans le désert

67
00:03:50,883 --> 00:03:51,983
du Sahara.

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00:03:51,983 --> 00:03:54,943
Quelque chose s’était cassé dans le moteur.

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00:03:55,873 --> 00:03:59,553
Comme je n’avais avec moi ni mécanicien, ni passager,

70
00:03:59,553 --> 00:04:03,973
je me préparai à tenter moi-même une réparation difficile.

71
00:04:04,363 --> 00:04:07,283
C’était pour moi une question de vie ou de mort.

72
00:04:07,283 --> 00:04:10,053
Car je n’avais à boire que pour huit jours.

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00:04:10,473 --> 00:04:13,953
La première nuit, je me suis endormi sur le sable,

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00:04:13,953 --> 00:04:18,653
à mille milles du lieu habité le plus

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00:04:18,653 --> 00:04:19,513
proche.

76
00:04:19,513 --> 00:04:22,783
J’étais plus isolé qu’un naufragé sur un radeau au

77
00:04:22,783 --> 00:04:24,193
milieu de l’océan.

78
00:04:24,193 --> 00:04:28,713
Imaginez donc ma surprise quand, à l’aube,

79
00:04:28,713 --> 00:04:32,073
une étrange petite voix me réveilla en disant :

80
00:04:32,073 --> 00:04:34,883
« S’il vous plaît, dessine-moi un mouton.

81
00:04:34,883 --> 00:04:38,443
Hein ? Dessine-moi un mouton. »

82
00:04:38,773 --> 00:04:43,083
Je me levai d’un bond comme si j’avais été frappé par

83
00:04:43,083 --> 00:04:43,773
la foudre.

84
00:04:43,773 --> 00:04:46,813
Je me frottai les yeux.

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00:04:46,813 --> 00:04:48,973
Je regardai autour de moi.

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00:04:48,973 --> 00:04:53,373
Je vis un extraordinaire petit garçon qui me regardait gravement.

87
00:04:53,373 --> 00:04:56,703
Voici le meilleur portrait que plus tard j’ai réussi à faire

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00:04:56,703 --> 00:04:57,573
de lui,

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00:04:57,573 --> 00:05:00,083
bien que mon dessin soit certainement moins charmant que le

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00:05:00,083 --> 00:05:00,383
modèle.

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00:05:01,853 --> 00:05:05,853
Mais ce n’est pas ma faute.

92
00:05:05,853 --> 00:05:09,653
Les grandes personnes m’avaient détourné de ma carrière de peintre

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00:05:09,653 --> 00:05:10,873
à l’âge de six ans,

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00:05:11,263 --> 00:05:15,473
et je n’avais appris à dessiner autre chose que des boas fermés

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00:05:15,473 --> 00:05:17,263
et des boas ouverts.

96
00:05:17,263 --> 00:05:21,143
Je regardai donc cette apparition avec des yeux ronds

97
00:05:21,143 --> 00:05:22,263
d’admiration.

98
00:05:23,193 --> 00:05:28,203
Il ne faut pas oublier que je me trouvais à mille milles

99
00:05:28,203 --> 00:05:28,933
du lieu habité le plus proche.

100
00:05:31,543 --> 00:05:36,123
Or, le petit bonhomme ne me paraissait ni perdu, ni

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00:05:36,123 --> 00:05:38,953
mort de fatigue, de faim, de soif ou de peur.

102
00:05:38,953 --> 00:05:42,643
Il n’avait absolument pas l’apparence d’un enfant perdu dans

103
00:05:42,643 --> 00:05:43,563
le désert,

104
00:05:43,893 --> 00:05:47,893
à mille milles du lieu habité le plus proche.

105
00:05:47,893 --> 00:05:52,233
Quand je réussis enfin à articuler quelques mots, je lui dis :

106
00:05:52,233 --> 00:05:53,593
« Mais que fais-tu ici ? »

107
00:05:54,013 --> 00:05:58,583
Et il répondit alors, doucement, comme une chose très

108
00:05:58,583 --> 00:05:59,013
importante :

109
00:05:59,013 --> 00:06:03,013
« S’il vous plaît, dessine-moi un mouton. »

110
00:06:03,013 --> 00:06:06,843
Quand le mystère est trop impressionnant, il est impossible

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00:06:06,843 --> 00:06:08,013
de désobéir.

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00:06:08,013 --> 00:06:11,013
Aussi absurde que cela me parût, à mille milles de tout lieu habité

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00:06:11,013 --> 00:06:12,013
et en danger de mort,

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00:06:12,013 --> 00:06:15,443
je sortis de ma poche une feuille de

115
00:06:15,443 --> 00:06:17,013
papier.

116
00:06:17,013 --> 00:06:18,518
Je sortis de ma poche une feuille de papier et un stylo-

117
00:06:18,518 --> 00:06:19,868
plume.

118
00:06:20,443 --> 00:06:23,443
Je me rappelai que j’avais surtout étudié la géographie,

119
00:06:23,443 --> 00:06:25,443
l’histoire, le calcul et la grammaire,

120
00:06:25,443 --> 00:06:28,913
et je dis au petit bonhomme, déjà un peu de mauvaise humeur, que je

121
00:06:28,913 --> 00:06:30,443
ne savais pas dessiner.

122
00:06:30,443 --> 00:06:34,227
« Ça n’a pas d’importance », me répondit-il, « dessine-moi un mouton. »

123
00:06:35,443 --> 00:06:38,853
Comme je n’avais jamais dessiné de mouton, je refis pour lui l’un

124
00:06:38,853 --> 00:06:41,443
des seuls dessins que j’étais capable de faire,

125
00:06:41,443 --> 00:06:44,623
celui du serpent boa fermé, et je restai stupéfait

126
00:06:44,623 --> 00:06:46,443
quand j’entendis le petit homme dire :

127
00:06:46,443 --> 00:06:50,443
« Non, non, je ne veux pas d’un éléphant dans un serpent. »

128
00:06:50,443 --> 00:06:52,863
Le serpent est très dangereux et l’éléphant prend beaucoup

129
00:06:52,863 --> 00:06:53,443
de place.

130
00:06:53,443 --> 00:06:58,473
Chez moi, tout est très petit. « J’ai besoin d’un mouton, dessine-moi

131
00:06:58,473 --> 00:06:59,443
un mouton. »

132
00:07:03,343 --> 00:07:05,143
Je dessinai un mouton.

133
00:07:05,800 --> 00:07:12,090
Il le regarda attentivement et dit : « Non, celui-ci est déjà très malade, fais-en un autre. »

134
00:07:12,532 --> 00:07:14,532
Je recommençai.

135
00:07:14,532 --> 00:07:17,532
Mon ami sourit doucement, avec indulgence.

136
00:07:17,532 --> 00:07:22,532
« Tu vois bien, ce n’est pas un mouton, c’est un bélier, il a des cornes. »

137
00:07:22,532 --> 00:07:25,532
Je refis encore mon dessin.

138
00:07:25,532 --> 00:07:28,532
Il fut rejeté, comme les précédents.

139
00:07:28,532 --> 00:07:32,602
« Celui-ci est trop vieux, je veux un mouton qui vive longtemps. »

140
00:07:33,532 --> 00:07:37,052
À bout de patience et désireux de commencer à démonter le

141
00:07:37,052 --> 00:07:37,902
moteur,

142
00:07:37,902 --> 00:07:41,972
je griffonnai rapidement ce dessin, je le lui montrai et le lui

143
00:07:41,972 --> 00:07:42,902
tendis.

144
00:07:45,270 --> 00:07:47,120
« Ça, c’est la caisse. »

145
00:07:48,350 --> 00:07:52,350
« Le mouton que tu veux est dedans. »

146
00:07:52,350 --> 00:07:56,270
À ma grande surprise, le visage du petit juge s’illumina.

147
00:07:56,270 --> 00:07:58,270
« C’est tout à fait comme ça que je le voulais. »

148
00:07:59,350 --> 00:08:02,300
« Crois-tu qu’il faudra beaucoup d’herbe pour ce mouton ? »

149
00:08:02,300 --> 00:08:03,300
« Pourquoi ? »

150
00:08:03,300 --> 00:08:06,580
« Parce que chez moi, c’est tout petit. » Il se pencha vers le

151
00:08:06,580 --> 00:08:07,850
dessin et s’exclama :

152
00:08:08,690 --> 00:08:12,690
« Bon… pas si petit que ça. Il dort. »

153
00:08:12,690 --> 00:08:16,690
Et c’est ainsi que j’ai connu le petit prince.

154
00:08:24,013 --> 00:08:27,773
La première fois que j’ai lu Le Petit Prince,

155
00:08:28,590 --> 00:08:34,590
j’étais en quarantaine, à Nancy, en France,

156
00:08:36,803 --> 00:08:38,703
en train d’étudier le français,

157
00:08:39,010 --> 00:08:44,010
et j’ai lu Le Petit Prince pour apprendre le français.

158
00:08:44,010 --> 00:08:48,010
La première fois que je l’ai lu,

159
00:08:48,343 --> 00:08:58,343
c’était vers mars-avril 2020,

160
00:09:03,173 --> 00:09:08,113
je l’ai lu encore et encore, mais je ne comprenais pas très bien à quoi

161
00:09:08,113 --> 00:09:09,373
cela faisait référence,

162
00:09:10,393 --> 00:09:16,523
jusqu’à ce que je vienne ici, sur cette île,

163
00:09:16,570 --> 00:09:22,410
et que je rencontre Toth.

164
00:09:23,833 --> 00:09:29,183
Et Toth m’a dit : « Tu ne vois pas l’éléphant à l’intérieur du serpent. »

165
00:09:30,003 --> 00:09:33,743
Tu as toujours dessiné l’éléphant à l’intérieur du serpent.

166
00:09:34,760 --> 00:09:37,840
Alors il m’a montré quelque chose à quoi je n’avais jamais prêté

167
00:09:37,840 --> 00:09:38,760
attention.

168
00:09:38,760 --> 00:09:43,720
Il m’a fait voir que moi aussi, depuis tout petit, je dessinais

169
00:09:43,720 --> 00:09:46,760
des choses que les autres ne comprenaient pas.

170
00:09:47,760 --> 00:09:52,260
Comment je voyais dans les cartes, dans la géographie, dans l’histoire,

171
00:09:52,260 --> 00:09:53,990
des formes, des idées

172
00:09:53,990 --> 00:09:57,590
qui, pour moi, étaient évidentes, mais que le

173
00:09:57,590 --> 00:09:59,990
monde rationnel n’observait pas,

174
00:09:59,990 --> 00:10:02,990
et auxquelles il ne prêtait pas attention.

175
00:10:04,670 --> 00:10:12,760
Et j’avais toujours dessiné le Nil,

176
00:10:13,673 --> 00:10:17,673
et j’avais toujours été attiré par cet endroit, par mes mémoires,

177
00:10:17,673 --> 00:10:19,673
par mes missions.

178
00:10:19,673 --> 00:10:25,673
Mais quand je suis venu ici, après la pandémie,

179
00:10:29,033 --> 00:10:33,299
il m’a dit : « Trouve l’éléphant. »

180
00:10:34,283 --> 00:10:42,673
Et cet éléphant, c’étaient les îles Éléphantines.

181
00:10:43,463 --> 00:10:45,463
Cet endroit où je me trouve maintenant,

182
00:10:46,443 --> 00:10:50,443
toutes les îles qui se trouvent à Assouan

183
00:10:50,443 --> 00:10:54,443
sont appelées Éléphantines parce qu’elles ont la forme d’éléphants,

184
00:10:54,443 --> 00:10:57,443
on dirait des éléphants qui entrent dans l’eau.

185
00:10:57,443 --> 00:11:02,443
Alors les Arabes les ont appelées Philæ,

186
00:11:02,443 --> 00:11:07,443
fil, qui en arabe signifie éléphant.

187
00:11:10,463 --> 00:11:13,923
Aujourd’hui, tout le monde connaît le temple d’Isis, qui se trouve sur

188
00:11:13,923 --> 00:11:14,463
l’île de Philæ.

189
00:11:14,463 --> 00:11:17,463
En réalité, l’île ne s’appelle pas Philæ,

190
00:11:17,463 --> 00:11:21,343
on appelle Philæ toutes les îles qui se trouvent dans le

191
00:11:21,343 --> 00:11:24,463
territoire d’Isis, parce que ce sont les éléphants.

192
00:11:24,463 --> 00:11:30,463
Alors, Toth me montre le Nil comme ce grand serpent,

193
00:11:30,463 --> 00:11:31,463
ce grand boa,

194
00:11:33,493 --> 00:11:37,493
et en son centre, l’éléphant.

195
00:11:37,493 --> 00:11:42,493
Toutes les îles qu’avait englouties le barrage d’Assouan…

196
00:11:45,433 --> 00:11:51,333
Pour ceux qui ne le savent pas, le Nil possède plusieurs barrages,

197
00:11:51,333 --> 00:11:55,333
plusieurs paliers grâce auxquels on produit de l’énergie.

198
00:11:56,593 --> 00:12:01,193
Mais il y a un endroit sur le Nil où l’eau est stagnante,

199
00:12:01,193 --> 00:12:07,193
où elle ne s’écoule pas comme le fleuve, mais reste fermée, comme piégée.

200
00:12:08,130 --> 00:12:11,270
Et c’est entre l’ancien barrage d’Assouan et le nouveau barrage

201
00:12:11,270 --> 00:12:12,130
d’Assouan.

202
00:12:13,050 --> 00:12:17,570
Je suis en ce moment entre les deux.

203
00:12:17,570 --> 00:12:21,570
Je suis dans cette eau stagnante, là où se trouve l’île de Philæ,

204
00:12:21,570 --> 00:12:25,320
où se trouve l’île qui contient le temple d’Isis, de la

205
00:12:25,880 --> 00:12:26,410
mère,

206
00:12:27,570 --> 00:12:31,910
où se trouve, supposément, la porte du ben-ben, dans la

207
00:12:31,910 --> 00:12:33,570
pierre originelle.

208
00:12:35,193 --> 00:12:40,643
Le barrage d’Assouan a immobilisé l’eau de la mère, le flux

209
00:12:40,643 --> 00:12:41,753
de la vie.

210
00:12:43,153 --> 00:12:47,573
Le Nil n’a plus de crues comme autrefois, parce que maintenant le

211
00:12:47,573 --> 00:12:49,213
barrage d’Assouan le retient,

212
00:12:49,553 --> 00:12:56,063
créant ce grand lac qui s’appelle Nasser, situé

213
00:12:56,063 --> 00:12:58,553
de l’autre côté du barrage,

214
00:12:59,153 --> 00:13:03,153
l’un des plus grands barrages du monde.

215
00:13:03,513 --> 00:13:10,871
Et Toth me montrait le serpent qui avait avalé

216
00:13:10,871 --> 00:13:11,871
l’éléphant.

217
00:13:14,193 --> 00:13:25,393
Et il m’a dit : « N’oublie pas que dans cette eau qui a englouti

218
00:13:25,393 --> 00:13:25,973
l’éléphant,

219
00:13:26,393 --> 00:13:30,263
c’est là que tu vas trouver la boîte, et qu’à l’intérieur se trouve

220
00:13:30,263 --> 00:13:31,253
l’Agneau de Dieu. »

221
00:13:35,433 --> 00:13:40,443
Et cela a été très symbolique pour moi. La boîte, c’est le cube, le cube

222
00:13:40,443 --> 00:13:41,793
de Métatron.

223
00:13:44,213 --> 00:13:48,983
Et l’Agneau est un symbole de pureté, de nettoyage du

224
00:13:48,983 --> 00:13:49,813
terrain.

225
00:13:53,033 --> 00:13:56,953
C’est un animal au service.

226
00:13:59,713 --> 00:14:09,713
Et le Petit Prince, qui est Horus, Lucas, la lumière, le photon,

227
00:14:10,013 --> 00:14:13,013
l’œil perdu, l’ion,

228
00:14:14,493 --> 00:14:19,553
qui vit dans ce petit monde en train d’être consumé

229
00:14:19,553 --> 00:14:20,433
par trois arbres,

230
00:14:20,433 --> 00:14:26,213
trois baobabs, trois arbres africains qui sont en train de tout détruire,

231
00:14:26,213 --> 00:14:26,953
tout,

232
00:14:27,213 --> 00:14:31,423
l’arbre cosmique, l’arbre de la sagesse et l’arbre

233
00:14:31,423 --> 00:14:32,213
de la vie.

234
00:14:33,593 --> 00:14:38,093
Mais pour lui, ils consument son petit monde, qui est

235
00:14:38,093 --> 00:14:38,713
un atome,

236
00:14:40,373 --> 00:14:46,053
parce que ces trois arbres ne sont pas correctement entretenus.

237
00:14:46,633 --> 00:14:51,513
Alors, il a besoin que l’Agneau les taille, les nettoie,

238
00:14:51,513 --> 00:14:52,393
les maintienne

239
00:14:53,040 --> 00:14:55,520
pour qu’ils ne consument pas toute la planète.

240
00:14:56,833 --> 00:14:59,833
Tout, tout l’atome.

241
00:15:04,593 --> 00:15:07,803
Mais pour pouvoir obtenir cet outil dont il avait besoin,

242
00:15:07,803 --> 00:15:09,373
qui était l’agneau,

243
00:15:13,133 --> 00:15:15,293
ce dont il avait besoin, c’était de l’imagination.

244
00:15:16,073 --> 00:15:20,073
Et cette imagination était à l’intérieur du cube, à l’intérieur de la boîte.

245
00:15:20,713 --> 00:15:24,713
Alors, quand le pilote, l’artiste frustré,

246
00:15:25,153 --> 00:15:28,153
lui construit la boîte,

247
00:15:31,033 --> 00:15:35,473
il se passe deux choses : le petit prince,

248
00:15:38,033 --> 00:15:40,813
a maintenant l’outil qui lui permet d’extraire tout ce dont

249
00:15:40,813 --> 00:15:41,713
il a besoin

250
00:15:41,713 --> 00:15:44,853
pour résoudre son problème dans son monde, dans sa réalité

251
00:15:44,853 --> 00:15:45,713
quantique.

252
00:15:49,793 --> 00:15:55,913
Et le pilote se rend compte de quelque chose de bien plus important.

253
00:16:09,813 --> 00:16:16,213
Tous les pouvoirs sont à l’intérieur du cube : l’imagination.

254
00:16:20,873 --> 00:16:24,873
L’essentiel est invisible aux yeux.

255
00:16:31,513 --> 00:16:35,213
L’essentiel est invisible aux yeux.

256
00:16:37,093 --> 00:16:39,565
C’est pour cela qu’on m’a amené ici.

257
00:16:40,293 --> 00:16:45,493
D’une certaine manière, je suis ce pilote frustré.

258
00:16:49,033 --> 00:16:53,933
Toth m’a conduit jusqu’à Lyon, à l’aéroport de Saint-Exupéry,

259
00:16:54,333 --> 00:16:59,333
qui est celui qui a écrit cette histoire, le pilote frustré.

260
00:16:59,573 --> 00:17:04,913
Il m’a montré que le fleuve à Lyon vient directement de Genève,

261
00:17:05,373 --> 00:17:12,583
où l’atome a été brisé, où ce petit

262
00:17:12,583 --> 00:17:14,633
monde du petit prince s’est brisé.

263
00:17:14,633 --> 00:17:18,623
Et petit prince signifie le principe, le principe

264
00:17:18,623 --> 00:17:19,633
universel.

265
00:17:19,633 --> 00:17:25,633
L’esprit, la lumière, ce principe s’est fracturé.

266
00:17:31,413 --> 00:17:39,693
Depuis lors, nous avons essayé de le récupérer, de le reconstituer.

267
00:17:41,033 --> 00:17:46,773
Là, à Genève, juste en face de Lyon,

268
00:17:48,293 --> 00:17:55,293
le Lion, l’Ion, Lyon.

269
00:18:01,493 --> 00:18:04,463
Et l’inspiration pour l’écrire, Saint-Exupéry l’a eue en

270
00:18:04,463 --> 00:18:07,373
Patagonie, en Argentine,

271
00:18:07,613 --> 00:18:13,613
où il avait aussi passé beaucoup de temps à piloter.

272
00:18:16,033 --> 00:18:22,034
Quand je suis ici sur cette île, dans les îles Éléphantines,

273
00:18:23,753 --> 00:18:27,533
le tisseur, Hermès, tous ont commencé à me parler en français,

274
00:18:27,533 --> 00:18:30,213
mais pas dans un vieux français.

275
00:18:33,033 --> 00:18:37,393
Et ils me plaçaient à cet endroit-là, celui de construire la boîte pour

276
00:18:37,393 --> 00:18:39,313
le petit prince,

277
00:18:39,933 --> 00:18:43,933
de construire un cube de sel,

278
00:18:45,913 --> 00:18:52,053
chlore et sodium, ensemble, créant une boîte dans laquelle

279
00:18:52,053 --> 00:18:56,553
l’imagination puisse créer un nouveau monde.

280
00:19:02,033 --> 00:19:06,213
L’essentiel est invisible aux yeux.

281
00:19:09,293 --> 00:19:14,183
Je peux faire cela à travers l’imagination, sur une feuille

282
00:19:14,183 --> 00:19:15,293
blanche.

283
00:19:17,413 --> 00:19:21,413
C’est pour cela que je suis ici.

284
00:19:31,513 --> 00:19:39,993
Et ce sentiment de tristesse et d’angoisse, qui est ce

285
00:19:39,993 --> 00:19:41,153
poison,

286
00:19:43,593 --> 00:19:48,220
a pour effet de ralentir mon rythme.

287
00:19:48,673 --> 00:19:57,333
Je comprends que lorsque je suis dans mon autre Mati,

288
00:19:57,333 --> 00:20:01,493
dans le Mati de l’espace, celui qui bouge partout et

289
00:20:02,153 --> 00:20:04,733
voyage et qui est joyeux,

290
00:20:04,793 --> 00:20:09,793
qui est un clown, qui rit et fait des folies à travers le monde,

291
00:20:10,753 --> 00:20:16,873
ce Mati va très vite, à un autre rythme, très accéléré.

292
00:20:18,153 --> 00:20:23,923
Et le Mati de l’œil, du temps, celui qui marque le rythme,

293
00:20:24,183 --> 00:20:26,193
a besoin de le ralentir.

294
00:20:27,053 --> 00:20:29,053
Faire baisser la pression.

295
00:20:32,033 --> 00:20:37,703
Cette cocotte-minute permanente d’énergie qui crée tous

296
00:20:37,703 --> 00:20:44,033
les projets et qui se heurte à ses propres projets.

297
00:20:44,033 --> 00:20:48,033
C’est là que vient la dépression.

298
00:20:48,033 --> 00:20:53,033
C’est là que vient l’angoisse, le besoin de respirer

299
00:20:53,033 --> 00:20:55,723
d’une autre façon.

300
00:20:55,723 --> 00:20:58,723
De faire baisser la pression.

301
00:20:58,723 --> 00:21:03,723
La raison pour laquelle je fais cela, c’est parce que je vis dans les extrêmes.

302
00:21:03,723 --> 00:21:08,723
Beaucoup d’entre vous vivent probablement aussi dans les extrêmes.

303
00:21:08,723 --> 00:21:13,723
C’est pour cela que nous nous sentons comme nous nous sentons.

304
00:21:20,763 --> 00:21:33,525
Peut-être que dans ces extrêmes, dans cet infrarouge et cet ultraviolet,

305
00:21:33,525 --> 00:21:38,525
pour construire le pont arc-en-ciel, il faut aller au milieu.

306
00:21:41,033 --> 00:21:46,093
Et c’est ce poison que j’expose en moi-même.

307
00:21:46,093 --> 00:21:52,193
Je vais aux extrêmes parce qu’en voyant tant de choses à la fois,

308
00:21:53,245 --> 00:21:57,145
je veux tout embrasser, tout le spectre de la lumière.

309
00:21:57,145 --> 00:22:00,145
Et cela n’est pas bon.

310
00:22:01,320 --> 00:22:08,320
C’est pour cela que je m’autodétruis constamment.

311
00:22:13,483 --> 00:22:16,483
L’essentiel est invisible aux yeux.

312
00:22:18,513 --> 00:22:27,833
C’est pour cela que je dois fermer les deux Mati et disparaître pour

313
00:22:27,833 --> 00:22:29,513
un moment.

314
00:22:32,033 --> 00:22:36,813
Œil pour œil, je ferme les yeux.

315
00:22:37,443 --> 00:22:42,443
L’essentiel est invisible aux yeux.

Date de dernière mise à jour : 13/03/2026

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