L’accumulation fixe.
Le dénuement prive.
L’abondance circule.
Nous avons souvent tendance à penser l’abondance à partir de deux extrêmes opposés : d’un côté, avoir beaucoup, accumuler, conserver, posséder toujours davantage ; de l’autre, avoir très peu, manquer de presque tout, jusqu’au dénuement. C’est aussi demander trop ou ne pas demander assez.
Mais ces deux situations peuvent être regardées comme les deux pôles d’une même polarité.
Si nous cherchons à résoudre l’excès d’accumulation en allant vers le dénuement, nous ne sortons pas réellement du déséquilibre : nous passons simplement d’un extrême à l’autre.
De la même manière, vouloir fuir la peur du manque en accumulant toujours davantage ne rétablit pas le mouvement. Cela déplace simplement le déséquilibre vers l’autre pôle.
Or l’abondance ne se trouve ni dans le trop, ni dans le trop peu.
Elle se trouve dans la circulation.
On pourrait comparer cela à une batterie.
Dans une logique d’accumulation, nous dépensons beaucoup d’énergie pour remplir la batterie, puis encore beaucoup d’énergie pour nous assurer qu’elle reste pleine. Nous hésitons à utiliser cette énergie parce que nous avons peur qu’elle se vide.
À l’autre extrême, dans une logique de dénuement, la batterie reste presque vide. L’énergie disponible devient insuffisante pour soutenir pleinement le mouvement, créer, agir ou répondre naturellement aux besoins de la vie.
Dans les deux cas, la circulation est perturbée.
Dans une logique d’abondance, au contraire, la batterie est suffisamment remplie pour que son énergie puisse être utilisée. Elle se charge, elle alimente ce qui doit l’être, puis elle se recharge.
Le mouvement continue.
L’abondance n’est donc ni l’accumulation permanente, ni la privation.
Elle n’exige pas de tout posséder, pas plus qu’elle ne demande de renoncer à tout.
Elle consiste plutôt à trouver une juste mesure entre recevoir et utiliser, conserver ce qui est nécessaire et laisser circuler ce qui peut l’être.
C’est lorsque nous cessons de combattre un pôle par son contraire que le mouvement peut redevenir libre.
L’abondance est la confiance dans notre capacité à recevoir, utiliser, transformer et remettre en circulation ce qui nous est donné, sans chercher ni à tout retenir, ni à nous priver de ce qui est nécessaire.